Hommage à Henri Salvador : interview réalisée en juillet 2004 pour le quotidien La Marseillaise
Aujourd’hui, c’est une soirée d’exception à laquelle nous convie le Festival des Nuits du Brésil de Sanary. En effet, Henri Salvador sera sur la scène de l’Esplanade du port pour un spectacle gratuit qui s’annonce d’ores et déjà comme l’évènement phare d’une programmation estivale riche et variée.
L’idée d’inviter Henri Salvador, légende vivante de la chanson française, revient à Ferdinand Bernhard, maire de Sanary, dentiste de profession et donc habitué à accueillir les bras ouverts les phobiques de la roulette immortalisés par l’interprète du Blues du dentiste. Au-delà de l’anecdote, l’artiste vient présenter, son dernier album aux sonorités très brésiliennes en compagnie de quatorze musiciens. Avouons que tout cela tombe on ne peut mieux pour le festival ! Lors de sa rencontre avec la presse locale organisée jeudi en mairie de Sanary, l’artiste s’est déclaré flatté d’une telle invitation : « Je suis venu jouer aux boules plusieurs fois à l’endroit où je vais chanter ! » Résidant aussi souvent que possible dans sa villa varoise, c’est en voisin qu’il vient à Sanary ce soir. Epicurien actif, c’est la douceur du climat qui le séduit : « J’ai décidé d’acheté une maison ici après avoir vu un agriculteur se plaindre du manque de pluie dans un reportage télévisé ! » Est-il besoin de décrire les éclats de rire qui viennent ponctuer ses paroles ? Inimitables, identifiables entre mille. Il suffit de les évoquer pour les entendre.
Compositeur et musicien émérite, l’humour est vite devenu la septième corde de sa guitare. « C’est une carrière improvisée ! C’est parti de la guitare, je faisais rire les copains ! » La formule est trouvée. Depuis lors, il n’aura de cesse de tirer ses salves d’or sur le public en attendant ses réactions. Ça marche, il garde, sinon il jette. Et lorsqu’on lui demande s’il en jette beaucoup, il nous répond, dans un de ses éclats de rire : « J’ai beaucoup de talent ! » - NDR : Celle-là a marché, alors on l’a gardée !- C’est drôle mais ça n’est pas moins vrai. Beaucoup ont su jouer avec Salvador comme d’un instrument, ou plutôt devrions nous dire un orchestre. La communion opère systématiquement. Salvador offre son talent aux talents des autres et vice versa. Chacun sublime le travail de l’autre. La chose est particulièrement remarquable avec des paroliers comme, pour n’en citer que quelques uns, Boris Vian, Bernard Dimey, auteur trop méconnu du pourtant célébrissime Syracuse ou aujourd’hui Keren Ann. Une carrière improvisée ? Peut-être, mais ce n’est tout de même pas un hasard si l’art de ces personnalités si riches finit si irrémédiablement et si merveilleusement dans la voix chaleureuse de Maître Henri ! Il suffit de parcourir sa biographie pour s’apercevoir que le « grand retour » annoncé à la sortie de l’album Chambre avec vue en 2000 n’en est pas un. Juste au plus un farniente prolongé comme il les affectionne, en attendant de trouver la nouvelle perle. Et Keren apparut ! « C’est effrayant ce qu’elle est douée ! Elle a le don de trouver des mots ! » commente-t-il après nous avoir cité une phrase de Ma chère et tendre, la chanson titre du dernière album avec un regard étincelant comme s’il venait de découvrir le texte pour la première fois. Venez-vous l’entendre susurrer par le roi de la musique cool ce soir à Sanary ! Il nous invite, la veille de son 87 ème anniversaire…
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